Geisha

Les Meiko, les Geisha, il paraît qu’on dit aussi des Geiko, sont des fantasmes mille fois imaginés à travers la littérature, à travers les films. Des artistes accomplies et théoriquement talentueuses, des femmes d’esprit, des prostituées peut-être, mais d’un genre autre, selon des règles strictes, et finalement pas plus qu’une autre femme entretenue par son amant. Voilà l’image.

Dans la réalité, il s’agit vraiment de fantasmes, de fantômes. Elles apparaissent à la nuit, avant ou après leur soirée de travail. Elles sont fardées et bien vêtues. Leurs chevelures noires savamment coiffées luisent à la lumière des lampadaires. Le mortel attend la Geisha en vain à la porte d’une Ochaya puis s’en va, affamé et déçu.

Les fantômes ne préviennent pas. Ils arrivent par hasard, par surprise, en un battement de coeur. Les lumières de la rue étroite, la pluie, les ombres de la nuit, et soudain comme un spectre, une créature surnaturelle et mystérieuse. Elle glisse sur les pavés trempés, droite sous son grand parapluie, blanche comme la lune. Elle ne regarde personne, pourquoi faire ? Ce monde là n’est pas le sien. Les gens s’écartent pour la laisser passer, ils s’écrasent contre les murs de la ruelle, sans un mot, sans un souffle. Tous les bruits s’étouffent, même la pluie se tait. Il ne reste plus que ses pas, le claquement rapide de ses getta, dans le temps suspendu. Le dos de son kimono, la courbe très basse du col de soie. La nuque offerte reste comme une promesse dans l’oeil du mortel. Le monde revient brusquement, la pluie, la foule, la lumière, le bruit. Et dans l’oeil cette nuque, la blancheur de sa nuque.

Kyoto, juillet 2008.


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Hors-les-cases. Rédactrice, éditrice, CM, Girlz in Web, éleveuse d'enfants (les miens), doreuse sur bois, céramiste... à Mill Valley, Californie.


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