Et si c’était mon enfant ? Le mariage pour tous.

C’est un sujet qui donne lieu à des discussions enflammées, mais sur lequel j’ai évité de m’exprimer “publiquement” jusqu’à maintenant.

J’ai vu passer sur le sujet de nombreux posts, de nombreux appels, des explications en tous genres. Et puis, en déjeunant aujourd’hui, j’ai lu cet article sur Parents Testeurs, et j’ai eu brusquement envie de m’exprimer. Je vais sûrement être maladroite, parce que tous les sujets qui ne vous concernent pas, ou plus, ou pas encore, sont délicats à aborder.

Je suis une femme blanche, mariée, et j’ai deux enfants. Je vis en banlieue parisienne dans un 60 m2, mais si je le pouvais, j’aurais une maison, un jardin et un chien. En plus de ça, je suis catholique. Une catholique un peu borderline, mais la question n’est pas là. Bref, niveau minorités, à part la féminité (là par contre, je me sens plutôt en minorité dans la minorité féminine), je ne suis pas une spécialiste. Pardonnez-moi.

Je ne vais pas vous faire le cliché du “j’ai des amis homos”, même s’ils sont chers à mon cœur : je n’ai pas vu certains depuis longtemps, et ça n’est pas un argument.

J’avais justement fait une liste d’arguments, des arguments contres, et mes réponses “pour”. La loi, la religion, la société… Mais en réalité, ma position, même argumentée, n’est pas rationnelle, elle vient des tripes.

Je suis mariée, et je ne vois pas bien pourquoi tous les couples majeurs n’auraient pas le droit de se marier, eux aussi, s’ils en ont envie. Il paraît que le mariage est dévoyé, pourtant le jour où j’ai dit oui reste un des jours les plus significatifs de toute ma vie. J’ai reconnu mon amour pour une personne et j’ai décidé que j’allais faire mon possible pour rester avec cette personne ad vitam. J’ai dit, devant la société, que je m’engageais avec cette personne, et que je voulais fonder une famille avec elle. La société, sous la forme du maire, devant la communauté, a reconnu cet engagement et le lien exclusif qui nous unit l’un à l’autre. Un lien précieux, qui nous donne des droits et des devoirs. Tous les couples qui prennent le même engagement doivent avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. C’est une question d’égalité, et d’emmerdement en cas de divorce, il n’y a pas de raison.

Je suis une mère, et à chaque fois que j’entends quelqu’un dire qu’il/elle n’arrive pas à avoir d’enfant, j’ai le cœur qui se retourne. J’en pleurerais pour eux. J’en pleure pour eux. Il faut un père et une mère pour faire un enfant ? Vous devriez voir le nombre d’hommes et de femmes qui n’y arrivent pas ensemble, qui ne peuvent pas. Et on doit leur dire quoi ? La nature ne veut pas que vous ayez d’enfant ? Non. On les aide. Est-ce que c’est moins dur à supporter pour un couple d’homosexuels, qui n’ont de base aucune chance d’avoir un petit d’eux ? Je ne crois pas.

Non, il n’y a pas de droit automatique à l’enfant, mais bon sang, vous croyez, parents, que si on vous avait fait passer un examen pour vous autoriser à procréer, vous l’auriez tous eu haut la main ? Vous croyez que moi, avec mon bagage génétique médiocre, mon cœur rafistolé, mon TDA, mon bordélisme, mon émotivité, on m’aurait autorisé à être mère ? Peut-être pas, mais je peux dire merde aux gens, parce que j’ai la nature avec moi.

Et ces parents qui font douze enfant avec rien pour les nourrir ? Et ceux qui abandonnent leurs enfants, mais pas vraiment comme ça ils ne sont pas adoptables ? Et ceux qui privent leurs enfants d’un parent qui les aime, juste parce que leur couple n’existe plus ? Et ceux qui ont des enfants mais pas d’amour à leur donner ? Et ces monstres qui maltraitent leurs enfants, qui les violent, qui les torturent, qui les tuent ? Là, sous nos yeux, dans notre belle société qui arrive trop tard et qui ne peut que constater. Ceux-là, vous croyez qu’ils auraient eu le droit d’avoir des enfants ?

Non, il n’y a pas de droit à l’enfant, mais il y a des hommes et des femmes qui ont tout à donner, et qui ne seront pas de moins bons parents que leur prochain. Il n’y a pas de droit à l’enfant, mais il y a des enfants qui ont déjà deux mères (ou deux pères, mais c’est plus rare), et qui risquent d’en perdre une en cas de séparation, sans recours, sans droit de visite. Je vois “un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants” et j’ai envie de rigoler, ou de pleurer tellement c’est bête. Qui fera croire à un enfant qu’il est biologiquement issu de ses deux parents homos ? Les mêmes qui font croire aux enfants de mères célibataires qu’ils sont nés par parthénogenèse ? Et quand on parle d’adoption, confier un enfant à un célibataire ça va, mais à deux hommes ou deux femmes c’est niet ? Pourquoi, c’est plus dur d’élever un gosse à deux ? On prétend vouloir protéger les enfants, alors que c’est le regard des bien-pensants qui les blessent. Dans l’immense variété des configurations familiales possibles en France, je ne vois pas comment la reconnaissance d’une configuration qui existe déjà va bouleverser la société. Par contre je vois bien comment elle va bouleverser la vie de familles concernées.

Et si c’était mon enfant ? Me sentir solidaire, en tant qu’épouse et en tant que mère, de ceux qui veulent se marier et avoir des enfants, c’est une chose. Mais la question posée par Alice, de Parents-testeurs, c’est :

Est-ce que ça vous fait peur d’avoir un enfant homosexuel ? est-ce que sa place dans la société d’aujourd’hui vous convient ? quelle place dans la société de demain vous aimeriez lui offrir ?

Oui, ça me fait peur. Ça me fait peur parce que si j’avais un enfant homosexuel adulte aujourd’hui, ou pire, adolescent, il s’en prendrait plein la gueule. Parce qu’on fait semblant d’être une société tolérante, mais que c’est toujours aussi dur. Et je ne me rends pas compte, pas vraiment.

Je veux que mes enfants soient heureux. Je veux qu’ils rencontrent quelqu’un de bien. Je veux qu’ils aient les mêmes droits que les autres. Je veux pouvoir choisir un chapeau géant de mère du marié pour chacun de mes fils (et à ce propos, je suis aussi pour le mariage des prêtres). Je veux qu’ils aient des enfants, ou qu’ils en adoptent, bref, qu’ils connaissent la paternité d’une manière ou d’une autre, s’ils en ont envie. Je veux qu’ils puissent sortir en famille, travailler, vivre, sans qu’on leur donne l’impression qu’ils sont inférieurs à qui que ce soit, ni eux, ni leurs enfants.

En fait, si un de mes enfants s’avérait être homosexuel, je voudrais m’en foutre. Je voudrais qu’il s’en foute. Je voudrais que la société entière s’en foute. Est-ce que c’est trop demander pour ses enfants ?